Les GAFAM concentrent ainsi l’activité et par là même la richesse de tout le secteur du numérique, et on peut imaginer que seule la prochaine révolution industrielle, d’une ampleur comparable, pourra voir émerger de nouveaux protagonistes et rééquilibrer le marché, bien que les programmes de recherches de ces grands groupes tentent de les prémunir de cette éventualité.
Le second danger que comporte cette domination est d’ordre démocratique. En effet la valeur économique des plateformes repose essentiellement sur leur capacité à capter les données de leurs utilisateurs puis à les traiter afin d’alimenter leurs technologies et ainsi de valoriser leurs services. Dans le secteur du numérique, nombreuses sont les voix qui alertent sur les dangers actuels et à venir d’une telle captation et d’un manque total de transparence quant à l’usage réel qui est fait des informations personnelles que nous leur délivrons. Par la quantité et la qualité de ces données qui alimentent leurs outils, les GAFAM disposent d’un réel pouvoir d’influence sur l’opinion publique qui en quelques ajustements d’algorithmes pourrait potentiellement devenir un moyen de manipulation des populations.
Ces dangers sont déjà perceptibles aujourd’hui. L’influence des fake news dans l’élection de Donald Trump doit son succès à leur diffusion sur les réseaux sociaux dont les algorithmes des plateformes sont pleinement responsables de leur viralité ; notre perception du monde est largement restreinte et dépendante de notre « bulle de filtres » constituée par notre usage d’Internet et de la compréhension qu’en font les algorithmes qui alors favorisent pour chacun de nous des contenus plutôt que d’autres.
Demain verra possiblement la candidature à l’élection présidentielle américaine de Marc Zuckerberg qui aura alors à sa portée Facebook comme outil de promotion de son discours, sans aucun moyen de contrôle par la population d’une quelconque garantie de neutralité dans l’usage qu’il fera lui-même de sa plateforme, ni des biais de conception qu’il pourrait y introduire afin de favoriser la diffusion de ses opinions.
Réquisitionner plutôt que démanteler
C’est pourquoi démanteler ces plateformes peut s’avérer nécessaire dans le but d’atténuer leurs pouvoirs. Une telle décision permettrait de réguler le marché, ce qui par ailleurs donne la preuve que ce dernier ne se régule pas par lui-même, et de minimiser leur capacité d’influence. Mais démanteler ces plateformes c’est aussi raisonner avec le logiciel capitaliste et libéral actuel en espérant naïvement que d’autres puissances ne profiteront pas de l’affaiblissement provoqué pour devenir à leur tour de nouveaux monopoles, ou de penser qu’un grand nombre de petits empires sont moins néfastes que de gros moins nombreux. Si démanteler les plateformes peut se poser objectivement d’un point de vue économique dans un modèle de société libérale, il n’en reste pas moins que l’usage démocratique qui en sera fait ne sera pas davantage garanti.
Sourced through Scoop.it from: usbeketrica.com
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