Avec son taux de pauvreté de près de 19%, ses gangs parmi les plus redoutés des Etats-Unis et sa vie culturelle en demi-teinte, Oakland a rarement l’occasion de voler la vedette à San Francisco, sa triomphante voisine à laquelle elle est reliée par l’imposant Bay Bridge. Mais au moins cette cité portuaire qui se rêve un destin de « Brooklyn » de la côte ouest a-t-elle un petit quelque chose en plus : ses rues sont sillonnées par les trottinettes électriques de la start-up Lime, la nouvelle coqueluche de la Silicon Valley, bannies de « Fog City ».
Tommy, un natif d’Oakland de 22 ans aux épaules de basketteur, est un adepte de la première heure. « Avant, je devais marcher presque trente minutes à la sortie du train pour rentrer chez moi. Maintenant, cela ne me prend plus que cinq minutes. Ce n’est pas cher et ça me vide la tête », s’enthousiasme-t-il en déverrouillant une des dix trottinettes vertes alignées devant la station Lake Merritt, située à deux pas du lac du même nom, au bord duquel les locaux aiment prendre un bol d’air le week-end.
Ce serveur afro-américain est loin d’être un cas isolé. Aux heures de pointe, les aficionados de la trottinette surgissent aux quatre coins de la ville , dans un va-et-vient fascinant qui ne ralentit qu’à la nuit tombée. Les engins à roulettes de Lime ont déjà fait irruption, comme dans l’industrieuse Oakland, dans la vie quotidienne des habitants de plus de 130 villes dans le monde. Partout, un scénario identique : une vive curiosité pour ce nouveau service , un taux d’adoption éclair et des débats à n’en plus finir sur les désordres urbains provoqués par ces véhicules électriques qui peuvent sprinter à 25 km/h.
Un ambitieux entrepreneur chinois
Le dernier modèle de Lime, la « Gen 3 », doit devenir « la Tesla de la trottinette » ©Carlos Chavarría pour Les Echos Week-End
À l’origine de l’offensive : Toby Sun. Un entrepreneur chinois que son nom de famille prédestinait sans doute à briller dans la Silicon Valley. On le retrouve, un lundi pluvieux de la mi-janvier, au siège de sa société situé sur 2nd Street, en plein coeur du quartier d’affaires de San Francisco. Lime y a élu domicile à l’automne dernier – c’était son cinquième déménagement en deux ans. « Le dernier avant un bout de temps, j’espère », plaisante le patron qui, du haut de ses 36 ans, fait figure de vétéran au milieu de ses juvéniles salariés, affairés devant leur écran.L’ambitieuse jeune pousse s’est installée dans un immeuble au style victorien occupé autrefois par la banque Wells Fargo, qui fit fortune au xixe siècle grâce aux chercheurs d’or. Un heureux présage ? Toby Sun est en tout cas convaincu de l’avenir doré de sa start-up. Et ce ne sont pas les dernières nouvelles qui pourraient l’en dissuader : quelques jours plus tôt, Lime claironnait avoir franchi la barre des 10 millions d’utilisateurs.
Sourced through Scoop.it from: www.lesechos.fr
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