Il y a des overdoses qui font du bien. La Coupe d’Afrique des nations (CAN) s’est achevée à Abidjan le 11 février dernier et, déjà, c’est la déprime ! On dit que le football est devenu la drogue dure de l’Afrique, que le continent se shoote à la CAN pour échapper au spleen baudelairien de sa désastreuse vie politique. Que faire d’autre, je vous le demande, que de se noyer dans les paradis artificiels des stades quand la Cedeao se disloque et que la meute putschiste se rue, tous crocs dehors, sur la dépouille de notre démocratie-mort-née ?

« La drogue est le nomadisme de l’exclu », disait Jacques Attali. Qui dit nomadisme dit grands espaces. Or, le monde se rétrécit dramatiquement pour l’Africain, cet exclu des exclus. La médiocrité de ses dirigeants ayant fait du continent (ce paradis naturel) un enfer artificiel, il a un besoin urgent de s’évader. Mais où ? L’Europe se ferme, les routes du Sahara deviennent de redoutables pièges à nègres et les États-Unis se proposent de refaire le mur de Berlin sur les rives du Rio Bravo. Il ne lui reste pour « s’accrocher » que « l’opium du peuple » et la dope au ballon rond. Et comme la mosquée n’est plus l’endroit le mieux indiqué pour planer depuis que les djihadistes y ont pris place avec leurs kalachnikovs et leurs pistolets à seringue, il est obligé de se contenter du gazon (à chacun, sa bonne herbe !).

L’Afrique – et pas seulement les amoureux du ballon rond (ou plutôt les « accros » du foot) – avait urgemment besoin de CAN : le déficit démocratique en avait porté le craving (cela se dit ainsi dans le milieu des toxicos) à un niveau épouvantable. Et par chance, aux dires de tous, la cuvée 2023 a été un régal. Nos joueurs n’ont pas fait que nous offrir des matchs splendides, des matchs palpitants où le score jusqu’à la dernière minute reste incertain, ils ont surtout réussi à nous faire oublier nos putschs insensés et nos démocraties bancales. Merci à Sadio Mané, à Nsue, à Bébé, Fabien Haller et aux autres dieux de nos stades pour leurs dribbles stupéfiants ; merci surtout de nous avoir rendu presque supportables les têtes de ceux qui se cramponnent au sommet de nos États rien que pour nous pourrir la vie !
Outre son effet euphorisant, le football revêt une autre qualité qui manque cruellement aux pays qui sont les nôtres : l’alternance au pouvoir y est régulière, constante, aux bons soins ou plutôt aux soins exclusifs de Dame Nature. Elle se fait sans le drame du coup d’État, sans le cirque du troisième mandat.

La gérontocratie y est naturellement exclue. Que l’on s’appelle Didier Drogba, Titi Camara, El Hadj Diouf ou Salif Keïta, quand l’âge arrive, tout le monde est obligé de ranger les crampons. Et ce qui est valable pour les individualités est tout aussi valable pour les équipes.

Avez-vous remarqué qu’à Abidjan, le Ghana, l’Égypte, le Cameroun, le Maroc…, bref ceux que l’on considérait comme les mastodontes du football continental, ont tous courbé l’échine et que dorénavant, ce sont de toutes nouvelles équipes (que personne n’a vues venir) qui occupent le haut du pavé. La Guinée équatoriale, le Cap-Vert, la Mauritanie, etc., incarnent dorénavant le renouveau du football africain. Les Pharaons et les Lions (qu’ils viennent de l’Atlas, de la Téranga ou qu’ils soient Indomptables) peuvent aller se rhabiller.
Ah, si seulement on pouvait dire la même chose à nos indéboulonnables présidents !

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