Malgré les alertes, Boeing a continué à préférer choyer ses actionnaires plutôt que d’investir. Sur cinq ans, entre 2014 et 2018, période durant laquelle il développait le 737 MAX, l’avionneur américain a déboursé 39 milliards de dollars en dividendes et rachats d’actions, pour moins de 11 milliards d’investissements. De quoi réduire son nombre d’actions en circulation de 25 % et faire tripler son cours de Bourse. Airbus, de son côté, accumulait sur la même période environ 15 milliards d’investissements pour moins de 6 milliards de dividendes et rachats d’actions.L’impact du changement de culture chez Boeing est devenu un véritable cas d’école, avec de multiples articles universitaires et un documentaire à succès diffusé sur Netflix en 2022. Il est notamment perceptible dans la composition de son conseil d’administration. Les ingénieurs y étaient encore majoritaires en 1997, alors qu’ils n’étaient plus que 23 % en 2020, note Christine Marsal, maître de conférences à l’université de Montpellier, dans un article paru l’an dernier. Dans le même temps, l’emprise des financiers n’a fait que croître, passant de 23 % du conseil en 1997 à plus de 60 % en 2020.
Poursuivi en justice par des actionnaires mécontents, Boeing a transigé en 2021 et accepté de nommer au moins un expert en sécurité au sein du conseil d’administration. Mais les récents incidents ont ravivé les inquiétudes des investisseurs. Même les grandes banques de Wall Street pointent désormais du doigt ses dérives financières.

La Bourse perd patience
« Les prouesses techniques de Boeing se sont émoussées en raison d’une obsession pour les indicateurs financiers gonflés par la réduction des coûts et la génération de flux de trésorerie », note Bank of America, qui estime que la société « a besoin d’une refonte radicale de sa culture d’entreprise ».
Les clients de Boeing sont au diapason. Le patron d’AerCap, le plus grand groupe de location d’avions, a jugé que « les indicateurs financiers [étaient] complètement secondaires pour le futur de la société », dans un entretien au « Financial Times ». Robert Isom, le président d’American Airlines, a lui aussi dénoncé les dérives de l’avionneur américain : « Boeing doit se ressaisir, ces problèmes récents, mais aussi ceux qui remontent à plusieurs années, sont inacceptables […], Boeing doit revenir sur le droit chemin », a-t-il lâché à l’occasion de la publication des résultats annuels du groupe.

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